Le territoire donne du sens au projet

Philippe Vandermeir agriculteur

Philippe Vandermeir, agriculteur à Muille-Villette dans la Somme, a soutenu la mise
en place d’une unité de méthanisation sur son secteur. D’abord intéressé par
la valorisation des matières organiques, les avantages de la méthanisation territoriale l’ont vite séduit.

”La méthanisation territoriale a d‘abord un intérêt sociétal”, déclare Philippe Vandermeir, agriculteur céréalier dans la Somme. “Nous participons activement à la vie de nos concitoyens. Au-delà de la production de cultures alimentaires, nous participons à la production du gaz consommé par nos voisins : c’est très valorisant”. En 2011, l’agriculteur alors président syndical du Canton de Ham et motivé par le sujet, prend contact avec ENGIE BiOZ (anciennement VOL-V Biomasse) qui cherchait un territoire pour son premier projet. “Cela faisait longtemps que je pensais à la méthanisation. J’ai toujours été convaincu qu’une part des productions végétales devait servir à produire de l’énergie”, explique le producteur. Un périmètre est défini et les agriculteurs sont consultés pour participer au projet. 30 d’entre eux décident de faire partie de l’aventure. Autour de Philippe, 4 agriculteurs représentent le groupe auprès d’ENGIE BiOZ. Il a beaucoup apprécié l’écoute attentive des collaborateurs de l’équipe ENGIE BiOZ durant le développement du projet. “Depuis le démarrage de l’installation, le fonctionnement est simple grâce aux échanges réguliers tout au long de la campagne. Il est très important d’échanger”, ajoute Philippe.

1 000 tonnes de digestat par an

Le méthaniseur a commencé à fonctionner en décembre 2016. “J’ai un contrat d’échange de 100 tonnes de paille contre 1 000 tonnes de digestat par an”, explique Philippe. La paille est prise en charge en andain et le travail de pressage et de transport jusqu’à l’unité est réalisé par un prestataire. À Eppeville, les 30 agriculteurs du projet ont choisi le prestataire pour l’épandage : le matériel dont il dispose améliore l’efficacité du retour au sol. Sur chaume, il effectue un enfouissement direct et l’épandage de printemps est réalisé à l’aide d’un pendillard. Le digestat peut aussi être épandu sur les parcelles de blé en cours de tallage.

Aucun investissement

“Nous n’avons pas eu d’investissement à faire pour le projet. Tout le monde peut donc participer avec des degrés d’implication variables selon les besoins”, précise l’agriculteur. La possibilité de produire de l’énergie renouvelable est ainsi offerte à des personnes qui ne pourraient pas assumer seules un tel projet. “Nous nous rendons aussi compte que mettre en place une unité de méthanisation est un véritable métier : ceux qui décident de se lancer doivent prendre conscience que leur travail va évoluer. Le méthaniseur ne fonctionne pas en autonomie et nécessite une maîtrise des matières qui rentrent. Il faut également passer du temps à organiser les apports”, prévient Philippe. Des matières aux pouvoirs méthanogènes très différents sont introduites tous les jours donc la production peut être très fluctuante : la gestion devient alors difficile et de nombreux paramètres doivent être suivis en continu.

Faire preuve de souplesse

Certains agriculteurs du secteur n’ont pas souhaité participer au projet. “Cela nécessitait une modification des pratiques en confiant à un prestataire le travail lié à la paille”, ex- plique le producteur. “Nous devons laisser les andains au champ et attendre que le prestataire vienne. Certains n’ont pas la possibilité d’attendre et veulent travailler leur terre directement après la moisson. En s’adaptant à ces nouvelles pratiques, le travail des agriculteurs est pourtant allégé” précise Philippe.

220 Nmpar heure

“Lorsque l’on annonce que 100 % du gaz consommé en été provient du méthaniseur d’Eppeville, les réactions sont plutôt étonnées”, explique Philippe. L’unité produit 220 Nm3* par heure : cela correspond à la consommation des 10 000 habitants du canton de Ham en plein été. À l’échelle de l’année, le gaz produit correspond à 20-25 % de la consommation. Ces mêmes habitants, au départ méfiants vis-à-vis de la construction d’une centrale sur leur secteur, sont aujourd’hui convaincus du bien-fondé du projet. “Certaines personnes étaient totalement contre. Nous avons alors organisé une réunion pour présenter le projet et répondre à toutes leurs questions. Ils ont été rassurés et sont aujourd’hui convaincus”, raconte le producteur. De plus, le digestat n’a pas d’odeur et avec la technique d’enfouissement, il n’est pas visible car instantanément mélangé à la terre. “Nous avons aussi demandé au prestataire que le chantier d’épandage soit respectueux de l’environnement et des usagers, notamment en nettoyant les routes”, ajoute Philippe.

Statut de déchet

Le digestat est aujourd’hui considéré comme un déchet par l’administration. Philippe souhaite que ce statut soit modifié. “Cela nous éviterait le plan d’épandage, une dernière étape trop contraignante”, déclare l’agriculteur céréalier. De plus, la législation interdit l’épandage du digestat à proximité des habitations et des cours d’eau. “Nous sommes obligés d’utiliser un produit minéral sur ces zones, ce qui implique d’autres passages et l’utilisation d’autres outils. Par ailleurs, le plan d’épandage est figé et les études pour intégrer un nouvel agriculteur coûtent très cher”, ajoute Philippe. Il a donc fait une demande auprès du ministère pour sortir le digestat du statut de déchet et apporter ainsi plus de souplesse.